Lysets Hjerte

Un film en groenlandais n'est pas à la portée du premier Danois venu. «D'un point de vue commercial, admet Jacob Grønlykke, le réalisateur danois de Lysets hjerte (le Coeur de la lumière), le pari était dur. Mais ce film devait être fait.» Sorti fin janvier, Lysets hjerte est le premier long métrage de fiction en groenlandais joué par des acteurs groenlandais. Il faut remonter à 1934 pour trouver un film dans cette langue, plutôt documentaire, sur une expédition de l'explorateur Knud Rasmussen. Autant dire que l'arrivée de Lysets hjerte a été saluée comme un événement. «Les Groenlandais sont tellement fiers d'avoir enfin "leur film. Ils sont très touchés, d'autant qu'ils s'y reconnaissent.»

 

Réalisation: Jacob Grønlykke

Scénario:     Jacob Grønlykke    Hans Anton Lynge

Acteurs :

Rasmus Lyberth : Rasmus Lynge   Vivi Nielsen: Marie Lynge  Anda Kristiansen: Qivittoq  Kenneth Rasmussen: Simon
Knud Petersen: Niisi  Niels Platou: Mikael Berthelsen  Laila Rasmussen: Karina  Asger Reher: Le Chef de la Police
Henrik Larsen: Le Plombier  Agga Olsen: Magdalene  Knud Kleist: Mannarsi  Emilie Fritsen: La fille de Berthelsens 
Jens Davidsen: Le Prètre  Ono Fleischer: Le Sauveteur  Søren Hauch-Fausbøll: L'Instituteur
Nina Kreutzmann Jørgensen: La Chanteuse  Nukâka Motzfeldt: Le Jeune Danseur au Tambour
Else Møller: La Jolie Fille du Bal  Mininnquaq Kleist: Nuka

Synopsis:

Crise identitaire. Lysets hjerte raconte la crise identitaire de tout un peuple à travers Rasmus, un Groenlandais paumé et alcoolisé, sorte de Tartarin des fjords qui raconte les chasses lointaines dont il rêve sans jamais arriver à s'extirper du comptoir. Ecrasé par le souvenir d'un père qui écrivit l'histoire du Groenland en acceptant de collaborer avec la puissance tutélaire danoise. Incapable de transmettre à ses deux fils ces valeurs groenlandaises qui lui sont tellement chères: l'amour de la chasse, de la pêche, la vie en harmonie avec la nature glacée mais généreuse. Simon, l'un des fils, lui tourne le dos et joue la carte de l'intégration pour s'en sortir. Il fait des petits boulots pour se payer des études, a une copine qui parle danois. Niisi, l'autre fils, est en revanche attiré par l'identité et la tradition groenlandaises. Mais un soir de soûlerie, il va déraper, s'emparer du fusil mythique remis en cadeau par les Danois au grand-père, tuer la petite copine de son frère et se suicider. Le drame va brutalement dessaouler Rasmus. Il saute sur son traîneau à chiens et se perd au coeur des espaces enneigés pour tenter de retrouver son âme. Il sera guidé par un «qivittoq», personnage mystique, ermite rédempteur aux pouvoirs étranges, vêtu de peaux d'ours et de phoque, qui lui permettra, réconcilié avec son passé, d'affronter l'avenir fort d'une identité retrouvée.

 Jacob Grønlykke fut le premier surpris de l'accueil réservé à son film. Et d'abord que le gouvernement local du Groenland accepte lui-même d'être coproducteur. «Les Groenlandais n'aiment pas débattre publiquement de leurs problèmes. Ils ne veulent montrer que les bons côtés pour les touristes. Le film provoque maintenant des débats là-bas. Plus qu'un film, c'est une page d'histoire pour eux, car c'est la première fois qu'ils entendent leur langue au cinéma.»

Danois lui-même, le réalisateur n'avait jamais mis les pieds dans «la plus grande île du monde» avant de s'attaquer, il y a quatre ans, à la rédaction du scénario avec l'aide de l'écrivain groenlandais, Hans Anton Lynge. «La plupart des Danois n'osent pas regarder les Groenlandais dans les yeux. Car ceux que l'on voit à Copenhague sont souvent déchirés, avec beaucoup de problèmes d'alcool.» Le Groenland ne vit que grâce aux subventions danoises, la population est assistée et l'alcool y fait des ravages. «Moi-même, je suis quelqu'un de très rationnel, avec une formation d'ingénieur et je viens d'une petite île au centre du Danemark profond. Ma rencontre avec eux a été un choc. Les Groenlandais ne sont qu'émotion, ils ne réagissent qu'aux sentiments.

Je me suis retrouvé assis avec des gens qui soudain éclataient en sanglots parce qu'ils venaient de penser à quelque chose en parlant avec vous.»

Photos:

 

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